Joe & Mac, de Tautavel à la DMG

Nous sommes à l’été 1993, un samedi, il fait beau, ce sont les grandes vacances. A la radio, le bouton calé sur NRJ, j’enregistre sur cassette mon émission favorite : Extravadance !! La dance bat son plein ! La fenêtre de ma chambre grande ouverte, confortablement installé dans le fauteuil, je déballe avec impatience le nouveau jeu que mes parents ont eu la gentillesse de m’offrir l’après-midi même ; à savoir JOE & MAC : Caveman Ninja. J’avais lu une preview dans le Super Power du mois dernier et il m’avait fait trop envie !
Je me bats avec les ciseaux et les bords coupants de l’emballage (puréééée, foutu blister à la noix !! C’est marrant comme ma vision sur les blisters a changé depuis trente ans…).
Après deux bonnes minutes où le stress de couper la boite en même temps que le blister se mêle à l’excitation, j’ai la boite en main. Je l’ouvre précautionneusement et en sors la cartouche (tant pis pour la notice, je la lirai plus tard !).
J’insère la cartouche dans ma DMG, l’écran titre apparaît, et me voici projeté dans l’une des premières claques visuelles que j’ai connu sur la console. (Chose marrante, la toute première claque graphique que j’ai connue, fut sur un jeu développé par la même équipe, un an auparavant, mais j’y reviendrai plus tard.)
Wow c’est beau, même très beau ! Le jeu s’ouvre sur une petite cinématique où le ton est donné : ça sera beau et rigolo. J’observe des hommes entrants dans une hutte au cours d’une belle nuit étoilée près d’un rivage où une mer d’huile reflète les délicats rayons d’un croissant de lune. Au loin, des falaises apparaissent, sur lesquelles viennent se briser mollement des vagues.

Les hommes ressortent chacun avec une femme, qu’ils kidnappent, en les tirant par leurs cheveux, et si les deux premiers n’ont aucun souci avec cette tâche, on observe le troisième galérer avec la sienne, grâce à une petite animation et un rythme plus lent, car celle-ci étant en surpoids. Ok, ça prête à sourire (autre époque, autre mœurs…).
Passée cette intro, me voici aux commandes de Joe, parti récupérer ses femmes, dans des décors soignés et fourmillant de détails : une végétation luxuriante, des volcans recrachant leur fumée en arrière-plan, des sprites détaillés et super bien animés, avec parfois des expressions cartoonesques qui prêtent à sourire; je croise aussi un énorme dinosaure endormi !! Ouais, ça envoie du pâté !
Ok, la maniabilité est excellente, les commandes simples, les ennemis sont variés, je rencontre des ptérodactyles, des hommes des cavernes, des petits dinosaures, pas de plateformes compliquées, ouf ! Ca se fait bien.
La musique est sympa sans être renversante, les bruitages sont excellents par contre, et renforcent cette impression de cartoon, c’est cool ! Haha, regarde cet empaffé me prendre par surprise en sortant d’un coup de son buisson, ou encore celui-là en train de s’enfuir lâchement après m’avoir lancé un rocher. Ils se sont déchirés sur l’aspect animation. Ouch, ce petit dino m’a bouffé 1/3 de ma vie grrr ça commence bien…
Bon, me voici au premier boss, un T-rex énorme, qui prends toute une partie de l’écran. Je stresse un peu de ne pas y arriver, mais l’expression que fait le perso me fait sourire, cela me détend et hop je commence l’affrontement. Je perds deux vies, mais j’y arrive ouf !! Direction le niveau 2.
Petite cinématique de fin de niveau, me montrant que je viens de libérer une de mes copines, et où je vais aller ensuite. Ha ! Je quitte la jungle pour une forêt à flanc de montagne ! Ok, alors allons-y, trop hâte de voir la suite !! Et voila comment fut ma première prise en main de Joe & Mac du haut de mes 13 ans.

Faisons un peu le tour du propriétaire :

Le jeu est tout d’abord sorti en arcade au japon en 1991 sous le nom de Tatakae Genshijin : Joe and Mac et fut développé par Data East. Il pouvait se jouer à deux (d’où le nom Joe & Mac, alors que sur GB, c’est un seul joueur uniquement) et l’histoire était similaire aux versions consoles.
Le jeu proposait déjà de superbes graphismes, colorés avec de gros sprites, et une technique maitrisée.
Le jeu a ensuite été porté sur SNES en 1991 toujours développé par Data East, puis sur NES en 1992 mais cette fois-ci développé par Elite System qui s’occupa aussi de l’adaptation pour PC sur MS DOS la même année.

En 1993, il sort sur Amiga, développé cette fois ci par Motivetime.
Enfin en 1994, Eden Entertainment System s’occupe du portage Megadrive. C’est sur cette console et sur les « PC/Amiga » que le jeu se rapproche le plus de la version arcade.
En effet, les versions Arcade, Megadrive, Amiga et PC ont la particularité de permettre au joueur de choisir entre différents itinéraires à la fin de chaque niveau, une fois le boss vaincu.
De plus, après avoir vaincu le boss final, le joueur peut choisir entre trois sorties, chacune menant à une séquence de fin légèrement différente.
Sur SNES, le jeu a été retravaillé, et ne propose plus différents itinéraires mais une carte du monde servant à choisir les niveaux. Ces derniers sont plus longs, le boss de fin a été modifié, différents niveaux bonus absents de la version originale viennent s’ajouter et pour finir, le jeu ne propose que 2 fins différentes au lieu de trois.

Sur NES et GB, la taille des cartouches et les possibilités techniques étant limitées, il n’est plus possible de choisir différents chemins, ni de jouer à deux et il n’existe plus qu’une seule fin. Il a bien fallu faire des concessions.
Sur notre console favorite, le jeu est adapté et développé en 1993 par MotiveTime (qui s’est également occupé du portage Amiga).
Ce développeur n’est pas un inconnu de la console puisqu’il a aussi développé trois autres jeux qui ont tous comme point commun leur beauté graphique, leur difficulté excessive, une notation moyenne de la part de la presse, ainsi qu’un éditeur commun : ELITE.
Tout à l’heure, je vous parlais que j’avais déjà connu une claque graphique sur un jeu un an auparavant, un jeu qui est cher au cœur de notre Eegbor national et accessoirement à tous les sado maso de France et de Navarre, et pour d’autres, il s’agît tout simplement d’un traumatisme, qu’un certain JDG notamment rêverait d’oublier. J’ai nommé Dragon’s Lair. On peut dire ce que l’on veut de Dragon’s Lair, mais je peux affirmer, sans trop me tromper, que nombre de personnes tomberont d’accord pour dire que, sur Game Boy, ce jeu est juste magnifique.
Et ce tour de force, ils ont réussi à le reproduire pour trois autres jeux de la console.
En effet, MotiveTime sur Game Boy ce sont quatre jeux, sortis entre 1991 et 1993 tous édité chez Elite System :

  • 1991 Dragon’s Lair
  • 1992 Dr. Franken
  • 1993 Dr. Franken 2
  • 1993 Joe & Mac : Caveman Ninja

Dragon’s Lair, tout le monde connaît : c’est magnifique, difficilement jouable, et horriblement difficile.
Les Dr. Franken sont également magnifiques, possèdent des décors fouillés, une ambiance très travaillée, mais souffrent d’un gameplay brouillon, d’une maniabilité hasardeuse (le personnage a une certaine latence), les niveaux sont labyrinthiques au possible et la difficulté frustrante sans pour autant égaler celle de Dragon’s Lair.
Il en va de même pour Joe & Mac concernant les graphismes qui sont superbes, mais celui-ci sort du lot car au contraire des trois précédents jeux, la maniabilité a été revue et corrigée, le gameplay simple et efficace, et la difficulté a été réduite tout en restant tout de même assez élevée.
En effet, vous ne disposerez que de trois vies et d’aucun continu, ni sauvegarde pour parcourir les neuf (!!) niveaux que compte le jeu. C’est faisable mais faudra apprendre le jeu par cœur. D’ailleurs, une fois le jeu connu et maitrisé, vous le finirez sans problème en 20-30 minutes…
Au niveau des musiques, les développeurs ne se sont pas foulés puisque vous aurez le droit a un seul et unique morceau tout au long du jeu. La mélodie n’est pas désagréable, c’est déjà ça.
Les bruitages quant à eux, sont réussis. Autre point très réussi : les animations !
Que cela soit les ennemis qui te balancent des pierres et qui s’enfuient en courant avec des yeux « gros comme ça », ou la tête que fait le héros quand il voit un boss la première fois, ou encore les yeux dans les buissons quand les ennemis sont cachés à l’intérieur… Bref, c’est rigolo et faut bien admettre que nous n’avions pas l’habitude de voir ce genre de chose dans un jeu GB à l’époque.
D’ailleurs, cette direction artistique est présente tout au long du jeu et elle apporte une plus-value non négligeable au plaisir de jeu.
Coté maniabilité, c’est un sans-faute. C’est fluide, les sauts s’enchainent facilement, les tirs aussi. A ce propos, vous avez à disposition plusieurs type d’armes, comme une hache (l’arme de base) mais aussi des boomerangs, des boules de foudre, des roues en pierre, des silex, etc.
Bref, cela se joue avec plaisir.

Et côté collection alors ??!!

Et bien, il s’agit d’un jeu rare, que l’on ne voit pas souvent passer.
Il est sorti dans les sets suivants : ESP, FAH, NOE, SCN, ITA, UKV et USA. La version FAH n’est pas la plus rare, puisque les versions SCN et ITA le sont encore plus. La version UKV est la plus « simple » à trouver. Quant à l’édition USA elle a la particularité de posséder un visuel différent des versions européennes (qui ne se différencient pas entre elles). A bon entendeur pour les chasseurs de variantes !
En France, le jeu fut distribué en 1993 par Guillemot (Ludi Games), et sont présentes à l’intérieur de la boite, une regcard ainsi qu’une carte qui permettait de participer à un concours pour gagner des jeux.
A noter qu’aucune des différentes releases n’a connu de réimpression date ou de réédition (d’où la rareté du jeu).
Chose surprenante, il n’est pas sorti au Japon. Et plus surprenant encore, le jeu a connu un reboot sur Switch pas plus tard qu’en novembre dernier et celui-ci est toujours disponible. Un peu de chauvisme ne faisant pas de mal, c’est Mr. Nutz Studio (cocorico !) qui s’est occupé de ce reboot. Le résultat est plus que positif.

Le mot de la fin

Pour conclure, Joe & Mac est un excellent jeu de plateforme, qui possède une solide technique et qu’il faudra apprendre à maitriser pour en profiter pleinement.
Bizarrement, il n’avait pas été super bien noté à l’époque dans les magazines, où sa note stagnait en moyenne à 78-80%.
Mais il reste l’un de mes jeux favoris sur la console et j’y rejoue régulièrement de nos jours. Je vous le conseille sans hésiter tant en termes de collection qu’en termes de Gaming.

Xavier GB (@unexist)

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